Voici des ailes

Voici des ailes

La merveilleuse sensation ! Voler comme des oiseaux, en silence, dans l’air soumis ; voir comme des dieux le changement ininterrompu des décors ; descendre des plaines dans les vallées, grimper le long des collines, rouler de ville en ville, suivre les fleuves, franchir les forêts, et tout cela par la toute-puissance de ses muscles, le fonctionnement normal de ses poumons, et la ténacité de son vouloir.

Des inconvénients, il n’y en a pas. Le soleil qui vous cuit la nuque, on l’aime, et l’on ne déteste point la pluie qui vous cingle ni le vent qui vous heurte, car on se sent formidable, vainqueur des éléments, maître du monde.

Oh ! vous qui vous languissez après l’espace régénérateur, vous qui voulez être sains, généreux, enthousiastes, vous qui voudriez être bons et nobles, voici des ailes ! Vous qui enviez les oiseaux libres, qui cherchez les dieux derrière les nuages, vous qui jetez vos rêves et vos prières aux étoiles lointaines, voici, à portée de votre main, voici des ailes pour assouvir votre idéal.

Maurice Leblanc (le père d’Arsène Lupin) –  1898