De Caraz à Cerro de Pasco, par la « Great Divide »

De Caraz à Cerro de Pasco, par la « Great Divide »

Le 2 septembre, nous retrouvons nos ailes avec bonheur, et reprenons la route. Dans cette partie du pays, pas facile de se frayer un chemin direct vers le sud dans l’entrelacs des cordillères qui détournent les routes comme pour se défendre des importuns.

Nous optons pour un itinéraire empruntant un tronçon de la « Great Divide of Peru » (la ligne de partage des eaux). Assez direct, mais physiquement engagé, il nous mènera, pendant dix jours de hauts plateaux en gorges abyssales, par des cols qui tutoient les 5.000 m. Dix jours, 490 km dont 330 sur piste, 9.400 m de montée, perdus au milieu des Andes, qui resteront sans doute dans le best-of de nos pérégrinations sur deux roues.

Depuis Caraz, via Carhuaz et Huaraz, deux journées de route panoramique égrenant au fil des virages, les sommets enneigés et les glaciers des Cordilleras Blanca et Huayhuash, nous mènent à Conococha.

Nous sommes revenus à 4.000 m. A ces altitudes, au moindre signe de faiblesse du soleil, le froid sort de son repaire et nous mord. Dès 16h30 / 17h nous nous emmitouflons dans les bonnets, gants, et doudounes pour faire face à ses assauts. Ce soir, à Conococha, nous attendons désespérément, et sans succès, le retour du propriétaire de l’hôtel où nous avons prévu de dormir. Nous passerons finalement la nuit dans une boutique désaffectée gentiment mise à disposition par une commerçante du village.

La piste débute à Conococha et donne immédiatement le ton des jours à venir : cailloux, bancs de sable fin comme du talc, nids de poules, et tôle ondulée se disputent le terrain. Ça secoue, ça dérape à chaque tour de roue !

Une première étape courte nous permet d’apprivoiser ces conditions inhabituelles avec nos vélos chargés ; CC en sera même quitte pour une chute sans gravité. Ce chemin en balcon nous émerveille par l’immensité des paysages qu’il dévoile, et nous mène sous un ciel d’un bleu pur au joli village de Corpanqui.

L’ONG catholique italienne « Artesanos Don Bosco » y a installé un internat, qui prend en charge une quinzaine de filles et leur offre une formation d’institutrice sur 5 ans. En plus des cours, elles viennent en aide aux démunis. Veronica, chef d’orchestre de la maison, nous offre le gîte et le couvert. Nous passons la fin de journée avec les pensionnaires et Carolina, une jeune volontaire italienne qui œuvre ici pour trois ans. On échange sur nos vies respectives et sur ce qui les motive. Moment de partage optimiste qui (re)donne confiance dans l’action humanitaire. Nous sommes touchés par la gentillesse et la générosité qui règnent ici, y compris à notre égard.

 

Encore 20 km au flanc droit du Rio Pativilca qui coule 2.000 m plus bas. Y a du gaz, comme disent les alpinistes. Nous atteignons Rajan qui marque le début de la descente. Notre chemin prend alors des allures de piste noire que nous dévalons (avec prudence … et avec notre casque !) en enchaînant longues traces droites et épingles nerveuses sur plus de 30 km. Blancs de poussière et ivres de sensations, nous installons notre bivouac au bord de la rivière qui nous attend pour une douche délicieuse. Il fait doux ce soir, nous prolongeons la soirée au coin d’un feu de camp en écoutant de la musique, seuls dans cette vallée perdue.

Ce matin, au village abandonné de Cañon, nous avons mangé notre pain blanc. 3.500 m de montée sur plus de 80 km nous attendent. Deux jours et demi sur le petit plateau, sous un soleil de plomb et sur une piste de moins en moins aimable. Nous dépassons rarement les 8 km/h jusqu’au Paso Pacomayo (4.540 m), premier col à franchir.
Récompense de ces efforts, l’ascension déroule des tableaux enchanteurs allant, de bas en haut : du profond canyon minéral, véritable fourneau accablé de soleil ; aux montagnes pastorales cultivées peuplées de moutons et de vaches ; pour finir dans les hautes prairies rases, parsemées de lacs et de fermes isolées où paissent les lamas. Toujours seuls au monde dans ces paysages que nous n’aurions jamais imaginés parcourir à vélo, nous ne croiserons que quelques véhicules chaque jour.

 

Le col passé, nous nous mettons en quête d’un spot propice au bivouac. Les torrents qui coulent ici étant potentiellement contaminés par l’activité minière (par des produits contre lesquels nos pastilles de Micropur ne peuvent rien), nous poursuivons jusqu’à la mine de Chanca pour faire le plein d’eau potable. Les ingénieurs nous proposent alors une « chambre » (une cellule plutôt), qui nous évite de camper dans le froid à 4.500 m. On dîne copieusement dans le réfectoire, avec les mineurs. La cantinière est aux petits soins pour nous.

Au petit déjeuner, nous sommes surpris de voir débarquer Renato, un cyclo-voyageur brésilien croisé hier matin. Il est arrivé tard hier soir, n’a rien dîné, et a cru mourir de froid cette nuit dans son duvet trop léger. Nous rallions Oyon en sa compagnie, via le Punta Chanca (4.850 m), et par une descente sur la pire piste rencontrée jusqu’ici, mettant à rude épreuve nos montures et nos vertèbres.

Fini la Great Divide. A Oyon nous bifurquons vers Cerro de Pasco. Encore un jour et demi de piste. Les 30 premiers kilomètres sont affreux : montée au milieu des mines et des montagnes éventrées, face au vent, ensevelis sous les nuages de poussière soulevés par les nombreux camions, pour franchir l’Abra Uccuhuchacua (4.737 m). On serre les dents !

La route se poursuit par un long plateau, des troupeaux de lamas, des fermes isolées (des gens vivent là ?!?), des chiens plus agressifs que jamais, et du vent, du vent, du vent… de face bien entendu !

Nous voici à Cerro de Pasco, une des plus haute ville du monde (4.350 m), mais aussi l’une des plus polluée et polluante, avec sa mine, et ses lacs aux couleurs improbables. Un trou béant au milieu même des habitations, vision d’horreur de ce que l’homme est capable de générer pour satisfaire ses besoins. A peine arrivés, on saute dans le bus pour Huancayo, première étape de notre transfert jusqu’à Cusco.

…des paysages incroyables loins des sentiers battus, des rencontres émouvantes, des bivouacs sauvages, une météo divine, le tout sur fond de challenge physique…cette traversée fut une expérience magique.

11 réactions au sujet de « De Caraz à Cerro de Pasco, par la « Great Divide » »

  1. Wahou !!!
    Je vous savais aventuriers mais là vous m’époustouflez 🙂
    Petite idée : Pourquoi ne pas prendre un lama pour vous porter vos affaires ?

    Clairette qui culmine à 500 m, bien au chaud dans son appart

  2. Moi aussi je connais quelqu’un qui s’appelle Renato. Mais apparemment ce n’est pas la même (ou alors je n’ai rien compris),

  3. Des sommets si hauts ???? Mais vous êtes des sur homme/femme 😉 je n’ai qu’admiration pour vous et même si je l’entends souvent sur le Tour de France, en vous lisant, je suis convaincue maintenant que découvrir le monde à vélo en est l’une des plus belles façons qui soient 🙂
    Encore merci pour ces lectures enchanteresses, biz à vous 2

  4. Oh la la! On profite d’un petit apero au Sancerre (il faut bien quelques avantages au fait de vivre ces Belles aventures par procuration!) pour vous lire et nous sommes epoustouflés de ce que nous voyons! Profitez bien de ces semaines de liberté! Bises. Les guerriers!

  5. Époustouflant! le mot est faible
    Quelle confrontation avec le gigantisme de ces montagnes!
    Bienheureux les autochtones qui vous accueillent avec tant d’égards et de simplicité.
    Ménagez vos forces car nous sommes accro de suivre votre périple.
    Hervé et Christine

  6. J’adore les chapeaux des péruviennes 🙂
    Quels endroits magnifiques! Avec cette altitude et cette lumière, vos photos sont éblouissantes!
    Bizz de Marne la Vallée!

  7. Ebahie, sidérée, tellement admirative !!! Merci pour toutes les superbes photos de ces paysages grandioses (et continuez on se régale à chaque rendez-vous que vous nous donnez).
    Et vous, que dire : vous êtes magnifiques, admirables, impressionnants.

  8. Thank you for honorable mention.
    The ride was really nice.
    Hope to meet you again, in Brazil, France or in any mountain of this beatrifull world!
    Best wishes
    Renato

  9. Alors là je dis oui!!!!, c’est tout simplement magnifique.
    merci pour toutes ces photos sublimes. Content que tout se passe pour le mieux.
    On vous embrasse.
    Dju

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